Suite aux problèmes frontaliers entre la Guinée et ses voisins du sud, à savoir la Sierra Leone et le Liberia, les autorités guinéennes viennent de déployer un important contingent militaire le long de nos frontières. Bien que la défense de l’intégrité territoriale soit une mission régalienne de l’État, j’ose croire que d’autres solutions existent. En dehors des questions de voisinage, nous sommes aussi issus d’une même famille et partageons une histoire commune.
Ces tracés artificiels, issus de la colonisation, n’ont été qu’une stratégie visant à diviser pour régner, afin de mieux exploiter nos ressources. Lors de la Conférence de Berlin en 1884, sous l’autorité du chancelier allemand Otto von Bismarck, l’Afrique a été morcelée et répartie entre les puissances coloniales sans tenir compte de nos cultures, de nos peuples et de notre histoire.
Comme le rappelle la chanson de Tiken Jah Fakoly : « Ils ont partagé l’Afrique sans nous consulter ». Ainsi, une partie de l’empire Sosso s’est retrouvée dans l’empire mandingue, une partie de l’empire du Ghana dans l’empire Songhaï et une partie de l’empire Mossi dans l’espace wolof.
Ne tombons pas dans l’émotion ni dans la surenchère. Utilisons le dialogue à la place des mitraillettes, car dans la guerre personne ne gagne : tout le monde est perdant.
La récente attaque de l’Iran par la coalition israélo-américaine illustre parfaitement que la guerre n’est pas toujours la meilleure option. Les États-Unis pensaient obtenir une victoire rapide après l’assassinat de dirigeants iraniens, mais aujourd’hui toute la région est menacée d’embrasement. Une guerre au Moyen-Orient pourrait également provoquer une hausse mondiale du coût de la vie, notamment par l’augmentation du prix du carburant, qui pourrait dépasser les 100 dollars le baril.
Dans le passé, le président Sékou Touré avait contribué à résoudre le conflit frontalier entre le Mali et le Burkina Faso. De même, la presqu’île de Bakassi, objet de différend entre le Cameroun et le Nigeria, a été réglée sans que ces deux pays ne recourent à la guerre.
À mon avis, plusieurs voies diplomatiques existent : les institutions de l’Union du fleuve Mano, la CEDEAO, l’Union africaine et même la Cour internationale de Justice.
Rappelons les troupes et faisons comme nos ancêtres, qui privilégiaient la tradition de l’arbre à palabres pour résoudre les différends. Nous sommes tellement intégrés dans ces communautés qu’il serait difficile et dangereux de provoquer un affrontement armé.
L’objectif de la création de la CEDEAO est justement de renforcer nos liens sociaux, de développer les échanges économiques par la suppression des barrières douanières et, à long terme, de parvenir à une intégration politique plus forte qui réduira l’importance des frontières physiques.
Nous nous souvenons aussi du projet des États-Unis d’Afrique, porté par les pères fondateurs des indépendances africaines au début des années 1960.
Nous devons redescendre sur terre : l’Afrique est une famille. Beaucoup de familles dorment d’un côté de la frontière, tandis que leurs plantations ou leurs lieux de travail se trouvent de l’autre côté. Ce phénomène existe depuis des siècles et fait partie de notre réalité sociale.
C’est pourquoi nous devons privilégier la diplomatie, le dialogue et la fraternité africaine, plutôt que l’affrontement.
Honorable Youssouf CAMARA