CRIEF : entre règlements de comptes politiques, dossiers fragiles et crise de crédibilité judiciaire
Depuis le retour très médiatisé d’Alphonse Charles Wright à la tête du parquet spécial de la CRIEF, avec une volonté apparente de relancer plusieurs dossiers pourtant déjà examinés ou tranchés par les juridictions compétentes, de nombreux observateurs dénoncent aujourd’hui une orientation judiciaire de plus en plus contestée.
Quatre années après la création d9e cette juridiction d’exception, la CRIEF, qui avait suscité un immense espoir auprès des citoyens guinéens dans la lutte contre la corruption et l’impunité, semble progressivement s’éloigner de sa vocation initiale. Beaucoup y voient désormais une justice sélective, davantage orientée vers des règlements de comptes politiques que vers une véritable moralisation de la gestion publique.
L’opinion publique constate avec inquiétude que plusieurs anciens cadres de l’État sont régulièrement exposés à des procédures fortement médiatisées, parfois sur la base de dossiers déjà classés, fragiles juridiquement ou insuffisamment étayés. Pendant ce temps, plusieurs affaires impliquant certains proches du pouvoir ou des responsables toujours en fonction semblent évoluer dans un silence judiciaire difficile à comprendre pour les citoyens.
Parmi les dossiers souvent évoqués dans le débat public figurent notamment :
* les nombreuses interrogations autour de la gestion du ministère de la Justice durant le passage d’Alphonse Charles Wright ;
* les soupçons de mauvaise gouvernance et de détournements évoqués autour de Ousmane Gaoual Diallo ;
* les controverses persistantes liées à la gestion de la SONAP ;
* ainsi que plusieurs dossiers économiques sensibles aux conséquences lourdes pour l’économie nationale.
Cette perception d’un traitement différencié des affaires nourrit progressivement, dans l’esprit des citoyens, l’idée d’une justice à deux vitesses où certains seraient systématiquement exposés tandis que d’autres bénéficieraient d’une protection tacite.
Les critiques visent également la méthode de fonctionnement du parquet spécial et la qualité de certains dossiers transmis à la CRIEF. Plusieurs observateurs dénoncent notamment des procédures construites dans la précipitation, avec des montants parfois avancés sans base technique solide ni expertise financière rigoureuse.
Le nom de Mohamed Sampil revient régulièrement dans ces critiques. Certains dénoncent le rôle d’un agent judiciaire considéré comme insuffisamment préparé sur les plans technique et juridique, accusé de produire des évaluations financières contestables et de violer les principes élémentaires du contradictoire dans la constitution de certains dossiers visant d’anciens cadres de l’administration publique.
Pour de nombreux analystes, cette stratégie viserait davantage à afficher une activité judiciaire spectaculaire qu’à rechercher sereinement la vérité juridique et comptable. En multipliant des accusations aux chiffres parfois approximatifs ou difficilement vérifiables, certaines procédures finissent par fragiliser la crédibilité même du système judiciaire.
Plusieurs observateurs estiment d’ailleurs que le refus d’assumer certains échecs judiciaires contribue à aggraver cette crise de confiance. Chaque dossier insuffisamment préparé, chaque accusation non démontrée ou chaque procédure fragilisée devant les juridictions supérieures ne fait qu’alimenter davantage les critiques contre le fonctionnement actuel de la CRIEF et renforcer le doute dans l’opinion publique.
De nombreux citoyens reprochent également à Alphonse Charles Wright de s’entourer essentiellement d’un cercle restreint de collaborateurs et d’anciens stagiaires devenus cadres judiciaires, dont la dépendance hiérarchique limiterait fortement toute contradiction interne ou remise en cause juridique de certaines orientations prises par le parquet spécial.
Au lieu de renforcer la confiance des citoyens envers les institutions judiciaires, cette méthode de gouvernance contribue plutôt à installer un climat de méfiance, où la lutte contre la corruption donne parfois l’impression d’être utilisée comme un instrument politique plutôt qu’un mécanisme impartial de défense des intérêts de l’État.
La Guinée avait besoin d’une justice forte, indépendante, crédible et équitable. Mais pour une partie importante de l’opinion publique, la multiplication des poursuites ciblées, combinée au silence observé sur d’autres dossiers sensibles, entretient aujourd’hui le sentiment préoccupant d’un système judiciaire fondé sur le « deux poids, deux mesures ».
La rédaction.