Campagne référendaire : Le rôle clé des journalistes selon Ansoumane Toumany, DG de la DIRPA (interview)
À l’approche de la campagne référendaire prévue pour le 30 août 2025, le débat autour du rôle des médias prend de l’ampleur. Dans ce contexte, l’ancien journaliste à la RTG et actuel Directeur Général de la DIRPA, Ansoumane Toumany Camara, s’est exprimé sur la responsabilité des journalistes en cette période sensible.
Dans une interview accordée à notre rédaction ce vendredi 29 août 2025, il a livré une série de conseils essentiels à l’intention des professionnels de l’information. Interview…
Bonjour Monsieur le Directeur, vous êtes un ancien journaliste pratiquant et actuel Directeur Général de la DIRPA. Le démarrage de la campagne référendaire approche. Avec votre expérience dans ce métier, quel doit être le rôle des journalistes dans le traitement et la diffusion des informations ?
Nous restons journalistes, c’est un métier que nous avons appris et que nous exerçons. C’est un métier que, par la volonté de Dieu, nous avons toujours pratiqué. La question des responsabilités des médias dans ce référendum nous amène à suivre les traces déjà tracées par la Haute Autorité de la Communication (HAC). Cette dernière a déjà eu un entretien préliminaire avec tous les responsables des médias. Ce que nous dirons aujourd’hui ne sera pas en contradiction avec les mesures prises par la HAC, mais plutôt un soutien et un renforcement de ces mesures responsables.
Aujourd’hui, la stabilité de notre nation et la situation socio-politique dépendent en grande partie du rôle des médias. Il est donc impératif pour nous, journalistes, techniciens et professionnels des médias, de maîtriser nos responsabilités. Chaque acte que nous posons a des implications sur la vie nationale. C’est une responsabilité lourde. Depuis le 5 septembre 2021, la Guinée s’est engagée sur la voie de la refondation et des réformes profondes de ses institutions. Ce travail est en cours, et je pense que l’une des bases de cette refondation est la nouvelle constitution, qui sera soumise à l’approbation de la population.
Que devons-nous faire, en tant que médias ?
La première chose, c’est d’informer objectivement. Les médias doivent fournir des informations claires et précises sur le contenu de la nouvelle constitution. Nous avons déjà vu la campagne de vulgarisation, et il est important de continuer sur cette lancée. Il nous revient de donner à la population des informations objectives sur le contenu de la constitution et ses enjeux. Nous ne devons pas prendre de position, mais en tant que responsables et acteurs essentiels de la vie de la nation, les journalistes doivent se battre pour aider la population à mieux comprendre.
La deuxième responsabilité, c’est la couverture équilibrée. Dans toute action sociale, aucune décision ne fait l’unanimité. Il y a des partisans et des opposants. Les journalistes doivent rendre compte de toutes les positions. Il ne nous appartient pas de prendre parti pour l’un ou l’autre camp, mais de fournir une information équilibrée, afin que la population ait une gamme complète d’informations sur les réalités du terrain.
La troisième responsabilité, c’est la vérification des faits. Avec l’intelligence artificielle et la révolution numérique, il est plus facile de diffuser de fausses informations. En période électorale, il est crucial que les journalistes vérifient leurs sources. Toute information reçue doit être vérifiée avant d’être diffusée. Il est de notre devoir de donner à la population des informations vérifiées. Si d’autres cherchent à désinformer, nous, journalistes, devons être responsables et nous assurer que nous ne tombons pas dans le piège des fake news. Il y a aussi la responsabilité d’encourager la participation civique.
Tout le monde ne sait pas comment voter. Pour encourager la participation civique au référendum, il incombe aux journalistes et aux médias (publics comme privés) de sensibiliser la population. Ils doivent expliquer clairement le processus électoral : comment obtenir une carte d’électeur, les étapes à suivre devant le bureau de vote, et comment faire un choix éclairé. C’est à nous, les journalistes, de vulgariser ce processus pour que chacun puisse voter de manière responsable.
Ensuite, la surveillance du processus électoral est une autre responsabilité importante. Les journalistes doivent être des observateurs et des sentinelles. Nous devons être présents à chaque étape du processus, observer comment se déroule le vote, et informer la population en temps réel.
La liberté de la presse est-elle en danger pendant cette période ?
Non, il ne s’agit pas de restreindre la liberté de la presse. La HAC veille à ce que les règles soient respectées pour protéger tout le monde. Cela permet d’éviter que des dérives nuisent à la cohésion sociale. Les journalistes doivent faire preuve de rigueur, de résistance face aux pressions politiques, et ne pas se laisser entraîner dans des dynamiques qui pourraient nuire à la stabilité du pays. La responsabilité sociétale des journalistes est de préserver l’intégrité du processus électoral et de maintenir la paix sociale.
Comment les médias peuvent-ils contribuer à l’éducation des électeurs ?
Les journalistes ont un rôle essentiel d’éducation. Il revient à nous de bien informer les électeurs sur leurs droits et devoirs, sur les règles régissant les élections. Nous devons expliquer clairement ce que les citoyens doivent faire avant, pendant et après le vote. Ces informations sont souvent consignées dans des documents légaux, que nous devons rendre accessibles à la population.
En résumé, la première responsabilité des journalistes est d’informer de manière objective, de garantir une couverture équilibrée, de vérifier les faits pour éviter les fake news, et d’encourager la participation civique. Nous devons également surveiller le processus électoral et être des lanceurs d’alerte en cas de dérives. La liberté de la presse doit être protégée, mais exercée avec éthique et responsabilité.
Monsieur le Directeur, quel message souhaitez-vous adresser aux leaders politiques ?
Les leaders politiques doivent prendre conscience de leur responsabilité. Ils ont une charte des partis politiques qu’ils doivent respecter. Mettre le feu à la maison ne sert à rien, car cela finit par nuire à tous, y compris à ceux qui provoquent les incendies. Les leaders politiques doivent agir de manière responsable, car leurs actions ont un impact direct sur les électeurs. Si des leaders poussent les jeunes à descendre dans la rue, tandis que leurs propres enfants sont à l’étranger, cela crée des situations de danger inutile pour la population. La responsabilité incombe à chacun d’entre nous, du plus bas au plus haut niveau. Nous devons tous contribuer à la bonne marche du processus pour garantir un retour à l’ordre constitutionnel.
Un dernier mot pour les patrons des associations de presse ?
Je souhaite rappeler aux patrons des médias que la situation exige de prendre des responsabilités. Oui, les moyens sont souvent limités, mais il est crucial que la convention collective soit respectée pour permettre aux journalistes de résister à la tentation de la corruption et d’effectuer leur travail de manière responsable. Avant d’envoyer un journaliste sur le terrain, il faut qu’il soit bien formé et informé des règles régissant la campagne électorale et le processus de vote. Les patrons de presse doivent veiller à ce que leurs journalistes soient bien préparés. En organisant des séances de formation et en fournissant les documents nécessaires, ils garantiront que les journalistes traitent l’information de manière responsable et professionnelle.
Réalisée par Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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