Opinion : « Objectivité et valeurs en péril, triste réalité en Guinée » (par Mamadou Yacine Diallo)

La Guinée, riche de ses ressources naturelles et de sa diversité culturelle, traverse aujourd’hui une crise plus insidieuse, celle des valeurs. Loin des turbulences politiques et économiques qui secouent le pays, un autre fléau ronge lentement mais sûrement la société : la crise de moralité et d’objectivité. Les piliers traditionnels de l’honnêteté, de la dignité et de l’intégrité semblent vaciller, laissant place à une dérive généralisée vers l’hypocrisie et la malhonnêteté. Ces valeurs, jadis chères à la société guinéenne, se trouvent aujourd’hui reléguées au second plan.

L’une des préoccupations majeures qui émerge est la difficulté à trouver parmi les jeunes générations des individus dignes de confiance. Cette jeunesse, qui représente pourtant l’avenir de la nation, est perçue par beaucoup comme prisonnière d’un système de valeurs dégradé. Nombreux sont ceux qui, sous le masque de l’intégrité, ne défendent pas réellement les valeurs qu’ils prônent. On assiste à une multiplication des faux-semblants, des engagements de façade, où les discours prônant la justice, la solidarité et l’éthique ne sont souvent que des outils pour atteindre des objectifs personnels.

Le manque d’objectivité dans les prises de position publiques, notamment politiques, est frappant. Plutôt que de défendre des causes nobles et universelles, les individus s’alignent selon des intérêts personnels ou familiaux. Le problème est amplifié par une société où la méfiance s’installe, où la malhonnêteté devient monnaie courante, et où l’on se rend compte que beaucoup d’acteurs ne cherchent plus à bâtir sur des fondations solides. Cette situation crée un cercle vicieux où la confiance devient rare et où l’opportunisme prévaut sur l’éthique.

En analysant cette dégradation morale, on peut se demander : comment en sommes-nous arrivés là ? La réponse réside, entre autres, dans la faiblesse des modèles à suivre. Les jeunes manquent cruellement de repères solides, d’exemples à imiter, alors que les figures d’autorité sont elles-mêmes prises dans des contradictions. Les discours d’intégrité, souvent martelés par des leaders, sont régulièrement contredits par des comportements incohérents. Comment les jeunes peuvent-ils alors se construire autour de valeurs qu’ils ne voient pratiquées que dans les paroles et non dans les actes ?

Un autre aspect à souligner est l’absence d’objectivité dans les jugements. Les débats publics, qu’ils soient politiques, sociaux ou économiques, sont souvent empreints de subjectivité, de favoritisme et d’intérêts partisans. Chacun défend son camp, sa communauté, ou ses intérêts personnels, oubliant que la vérité ne doit pas être une question de circonstances mais une quête inébranlable.

Face à ce tableau alarmant, la question se pose : que faire pour redresser la barre ? Il devient impératif de réinstaurer l’éducation aux valeurs dès le plus jeune âge. Une société où l’honnêteté, la rigueur morale et l’objectivité sont promues ne peut que prospérer. Les jeunes doivent être sensibilisés à l’importance de défendre des principes, même lorsque cela semble impopulaire ou difficile. La Guinée a besoin de leaders capables de promouvoir des idéaux basés sur la justice et l’intégrité, et non de figures qui se complaisent dans l’hypocrisie.

Le futur de notre pays repose sur une refonte de nos comportements individuels et collectifs. Il est temps pour chaque citoyen de s’engager dans une introspection profonde, de comprendre que la moralité et l’objectivité ne sont pas des options, mais des impératifs pour bâtir une société juste, solidaire et prospère. La dignité ne doit pas être un simple slogan, mais une réalité tangible dans nos actions quotidiennes.

Il est encore possible de rétablir la confiance et de redonner à la jeunesse guinéenne l’envie de défendre des valeurs authentiques. C’est une tâche ardue, mais elle est essentielle si nous voulons, ensemble, construire un avenir où l’hypocrisie et la malhonnêteté n’auront plus de place dans la société guinéenne.

Mamadou Yacine Diallo

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