Concasseur : Mamady Kaba, le militant qui a survécu à l’enfer des forces armées

Arrêté, torturé et accusé à tort de tentative de coup d’État, le jeune militant du RPG Arc-en-ciel, Mamady Kaba, raconte son calvaire face aux forces spéciales. Entre détention arbitraire, pressions psychologiques et sévices physiques, son témoignage lève le voile sur les méthodes brutales employées contre les proches du régime déchu d’Alpha Condé.

Dans la nuit du mercredi 13 septembre 2023, le quartier Concasseur, situé dans la commune de Gbessia, a été le théâtre d’une descente musclée des forces spéciales lourdement armées. La cible : la famille Kaba, connue pour sa proximité avec le pouvoir d’Alpha Condé. Au cœur de cette arrestation brutale se trouvait Mamady Kaba, jeune militant du RPG Arc-en-ciel, arrêté avec ses deux neveux militaires, Moussa Kaba et Mouramany Kaba, sous l’accusation de « tentative de coup d’État ».

Des pressions pour des aveux fabriqués

Selon son témoignage, Mamady Kaba avait déjà été interpellé des mois plus tôt pour ses liens avec certains anciens proches du président Condé. Mis en isolement, privé de nourriture et menacé de mort, il dit avoir subi d’énormes pressions pour incriminer le colonel Amadou Diané, ancien commandant de la garde présidentielle. « On me demandait d’inventer des accusations pour justifier leur arrestation, mais j’ai refusé », confie-t-il, expliquant avoir choisi de « rester fidèle à la vérité » malgré la torture et les menaces.

La nuit de l’horreur

Le mercredi 13 septembre 2023, tout bascule de nouveau. Tard la nuit, des hommes encagoulés et lourdement armés envahissent le domicile familial. L’appartement est saccagé, Mamady Kaba est violemment embarqué et dans la même foulée Mouramany Kaba, jeune frère de Moussa Kaba. « C’était des coups, des insultes, des humiliations. On nous traitait de traîtres et de conspirateurs », raconte-t-il. Détenus au camp des forces spéciales, ils subissent pendant plusieurs jours des tortures inhumaines. Mamady affirme avoir vu quatre de ses camarades mourir sous l’effet de ces sévices.

 Relâché mais brisé.

Après quelques jours de détention, un procureur militaire finit par reconnaître que Mamady Kaba et son neveu n’avaient aucun lien avec une quelconque tentative de coup d’État. Ils sont alors relâchés. Mais le militant sort affaibli, blessé et marqué à vie.

« Je ne pouvais plus marcher sans béquille. Les coups reçus ont gravement endommagé ma hanche. Aujourd’hui, je vis avec la perspective d’effectuer une intervention chirurgicale », explique-t-il.

Une vie sous surveillance et un avenir incertain

Depuis, la famille Kaba vit dans la peur permanente. Moussa Kaba, l’un des neveux arrêtés, reste porté disparu : certains affirment qu’il a été exécuté, d’autres qu’il croupit dans une prison secrète. Quant à Mamady, il lutte pour se reconstruire, malgré la douleur physique et les séquelles psychologiques. « On voulait m’utiliser pour détruire des innocents. J’ai préféré souffrir plutôt que de trahir », affirme-t-il, le regard fixé sur un avenir encore incertain.

 

La Rédaction

 

 

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