La crise climatique est à l’origine d’une urgence de santé publique mondiale

Records de températures, incendies de forêt ravageurs, épisodes de sécheresse intense, inondations massives et tempêtes destructrices… aucune région du monde n’a été épargnée cette année par les manifestations du réchauffement climatique.

Ces phénomènes deviennent désormais la nouvelle norme. Même dans les scénarios les plus optimistes, et notamment en tenant compte de l’accord historique de la COP28 (a) en faveur d’une transition hors des combustibles fossiles, les crises liées au climat seront toujours plus nombreuses, plus fréquentes et plus sévères.  

Le changement climatique tue. Il a des effets directs sur la santé, mais agit aussi de façon plus insidieuse. Les dérèglements du climat modifient les modes de transmission des maladies infectieuses, ce qui rend les épidémies plus mortelles et plus fréquentes , font augmenter le risque d’affections liées à la chaleur, causent une aggravation des pathologies non transmissibles, détériorent la santé mentale et nuisent à la santé maternelle et néonatale.

La sécheresse accroît l’insécurité alimentaire et fait grandir la menace de la malnutrition. La satisfaction de besoins fondamentaux pour la santé humaine, comme l’accès à la nourriture, à un air propre et une eau salubre et à l’assainissement, est rendue de plus en plus difficile. Les effets du changement climatique creusent aussi les inégalités, freinent la croissance économique à long terme et favorisent les migrations et l’insécurité, tout en entraînant encore davantage les pays les plus vulnérables dans la spirale de la pauvreté et de l’instabilité. Tous ces aspects contribuent à entraver nos progrès vers les Objectifs de développement durable.

Sans action, nous régressons

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le changement climatique représente la plus grande des menaces pour le bien-être de l’humanité. Si rien n’est fait, il entraînera directement ou indirectement la mort d’au moins 21 millions de personnes (a) à l’horizon 2050. D’autres estimations de la Banque mondiale indiquent qu’il fera basculer 132 millions de personnes supplémentaires (a) dans l’extrême pauvreté d’ici à 2030, dont au moins 44 millions (soit un tiers d’entre elles) à la suite des effets néfastes des évènements climatiques sur la santé. 

En d’autres termes, la crise climatique est à l’origine d’une urgence sanitaire mondiale, dont les ramifications vont bien au-delà de notre santé. La lutte contre le changement climatique et les efforts de santé publique sont deux nécessités qui doivent aller de pair et qui sont indispensables à notre avenir. 

À cet égard, la COP28, à Dubaï, a été marquée par la tenue de la première journée thématique dédiée à la santé jamais organisée dans le cadre d’un sommet de l’ONU sur le climat. S’il s’agit d’un premier pas crucial pour accélérer des décisions et des investissements qui sauveront des vies, il doit s’accompagner de mesures vigoureuses pour changer la manière dont nous travaillons et collaborons, tant de la part des dirigeants, que des bailleurs de fonds et des partenaires. Il nous faut agir plus vite et avec plus d’ambition.

Une transition juste vers les énergies propres pour protéger la santé des populations

Nos progrès passent nécessairement par l’engagement de la communauté mondiale en faveur d’une transition juste vers les énergies propres, garante de la santé, du bien-être et des moyens de subsistance des populations. Nous devons répondre aux besoins immédiats et renforcer la résilience à moyen et long terme, en particulier pour les personnes les plus vulnérables qui sont touchées de plein fouet par les conséquences du changement climatique. Voici quatre aspects essentiels pour assurer une transition énergétique juste qui place la santé au cœur de la réponse à la crise climatique : 

Soutenir les efforts de planification nationale

Nous devons soutenir la mise en œuvre de plans pilotés par les pays qui abordent le renforcement des systèmes de santé de manière globale et s’attachent à faire en sorte qu’ils soient adaptés aux enjeux climatiques, résilients, sobres en carbone et mieux préparés à affronter de nouvelles menaces.

Donner la priorité aux stratégies d’adaptation et d’atténuation permet non seulement de sauver des vies aujourd’hui, mais aussi de renforcer nos défenses en réduisant des inégalités en progression et en assurant la résilience des communautés et des infrastructures de santé, avec en ligne de mire le bien-être des populations.  

Engager de nouvelles ressources

Nous devons fournir des ressources nouvelles et significatives pour transformer les systèmes de santé et les résultats dans ce domaine. À l’heure actuelle, 0,5 % seulement des financements climatiques sont consacrés à la santé (a). Et si la COP28 a donné lieu à des engagements pour le couple climat-santé qui s’élèvent à 1 milliard de dollars (a), on est bien loin du montant d’investissements nécessaires pour l’adaptation.

Tous les partenaires sont appelés à jouer un rôle essentiel et complémentaire : agences du secteur de la santé, banques de développement, organisations philanthropiques et secteur privé. Un groupe de travail sur le financement du climat et de la santé a par exemple été mis sur pied, qui réunit des institutions multilatérales de financement du développement et des banques publiques de développement dans le but d’harmoniser les approches, d’assurer une coordination plus efficace et d’élargir les possibilités de co-investissement.

La Banque mondiale et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme étendent actuellement leur collaboration à l’échelon des pays : les deux organisations vont élaborer des plans d’investissement conjoints afin d’accroître les financements consacrés au double enjeu du climat et de la santé et d’accélérer l’accès des collectivités à ces ressources. L’OMS et la Banque mondiale s’emploient aussi à lever les obstacles au financement dans le cadre de l’Alliance pour une action transformatrice sur le climat et la santé (a). Par ailleurs, les organisations philanthropiques ont également un rôle important à jouer en mobilisant rapidement des fonds qui peuvent servir de passerelle vers des financements publics à grande échelle et en soutenant l’innovation et l’apprentissage.

Mobiliser le secteur privé

Nous devons nous associer aux acteurs du secteur privé et contribuer à les mobiliser pour qu’ils fassent partie intégrante de la solution, notamment en aidant les autorités nationales à intégrer pleinement le secteur privé dans l’action climatique et sanitaire.

La plupart des pays à revenu faible ou intermédiaire ont une offre mixte de services de santé publics et privés. Avec de meilleurs politiques publiques et réglementations, le secteur privé pourrait élargir l’accès aux services, renforcer la résilience, fournir des solutions de soins innovantes et soutenir et « verdir » les chaînes d’approvisionnement. En outre, il peut contribuer à stimuler la demande de services et de produits plus écologiques en s’engageant à adopter des pratiques commerciales plus durables. 

Agir plus vite

Enfin, nous devons agir plus vite et plus vigoureusement. Au cœur du lien qui unit climat et santé, il y a des vies perdues ou en souffrance. Ne pas agir, c’est laisser encore plus de personnes souffrir ou mourir. L’abandon progressif des combustibles fossiles acté lors la COP28 est important, mais pas suffisant.

Pour préserver une planète vivable, la santé doit être au centre des discussions sur le changement climatique.  En intensifiant notre action collective en faveur du renforcement des systèmes de santé dans le monde entier, nous sauverons des millions de vies, nous renforcerons les économies et nous réduirons les inégalités.

Si nous n’agissons pas, les problèmes de santé causés par le changement climatique seront toujours plus meurtriers et coûteux. C’est pourquoi la survie et la prospérité des générations actuelles et futures dépendent des choix que nous faisons aujourd’hui. 

Cette tribune a été initialement publiée en anglais sur le site Devex le 18 décembre 2023.

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