Guinée : Arrestation de la journaliste Fatoumata Bah à Kindia, une atteinte à la liberté d’expression
La situation de la presse guinéenne est critique depuis l’arrivée au pouvoir de Mamadi Doumbouya. On dit souvent que la presse est le quatrième pouvoir, mais qu’a-t-elle fait pour mériter un tel traitement ? Arrestations arbitraires et assassinats ciblés sont devenus le quotidien des journalistes.
C’est le 13 mars 2024, dans le quartier de Cacia, au sein de la Commune Urbaine de Kindia, que Fatoumata Bah, journaliste reporter à Radio Espace FM, a été arrêtée alors qu’elle couvrait une manifestation contre les coupures d’électricité récurrentes. S’apprêtant à relayer les doléances des manifestants, elle a été témoin d’un acte de violence inacceptable.
En effet, elle a vu un homme en uniforme, coiffé d’un béret vert, tirer à deux reprises sur la foule avec une arme de guerre. Choquée par cet acte, elle a dénoncé cette barbarie. Pourtant, cette prise de position lui a valu une arrestation par un groupe de gendarmes présents sur les lieux, malgré son identification en tant que professionnelle des médias. Les forces de l’ordre, manifestement irritées, reconnaissant son identité et son travail, ont aggravé la situation.
Après cette arrestation arbitraire, Fatoumata a tenté de joindre sa hiérarchie, consciente des dangers qu’elle encourait. Malheureusement, son matériel de travail a été saisi, ce qui l’a empêchée de continuer son reportage. Après une demi-heure d’interrogatoire dans le véhicule des gendarmes, elle a été libérée, mais seulement après avoir reçu des menaces de mort.
Cet incident traumatisant a eu des répercussions durables sur Fatoumata. Consciente d’être devenue une cible à cause de son témoignage sur l’usage des balles réelles par les forces de l’ordre, elle craint pour sa sécurité. En effet, plusieurs membres de la gendarmerie l’ont reconnue suite à cet incident.
Au fil des mois, alors qu’elle évoluait dans le secteur de l’entrepreneuriat après la fermeture des médias par le gouvernement, elle a été aperçue par l’un des gendarmes ayant participé à son arrestation, ravivant ses craintes. En octobre 2024, un confrère sous couvert d’anonymat lui a signalé une menace d’arrestation imminente.
Le dimanche 13 octobre 2024, alors qu’elle s’apprêtait à voyager vers Labé, puis le Sénégal dans les jours suivants, la situation a pris un tournant tragique. Aux alentours de 20 heures, elle a été arrêtée par un groupe armé encagoulé dans le quartier de Damakania. Emmenée à bord d’un véhicule pick-up vers une destination inconnue, elle a été retenue dans une salle vide, semblant être un camp militaire.
Cette suite d’événements soulève de nombreuses questions sur la sécurité des journalistes en Guinée et sur la liberté de la presse dans un contexte où la violence et l’intimidation semblent devenir la norme.
Tentative d’assassinat , le calvaire de Fatoumata Bah
Retenue pendant huit jours dans une salle inquiétante, Fatoumata Bah a été confrontée à un environnement de brutales souffrances et d’humiliations. Pendant cette période, elle a pu entendre les bruits de véhicules et les conversations d’hommes utilisant un jargon militaire, ce qui alimentait son angoisse. Les traitements qu’elle a subis étaient inhumains et dégradants ; elle a été victime de violences physiques, de coups, de blessures, de viols, ainsi que d’insultes et de menaces.
Malheureusement, elle n’a pu identifier aucun de ses tortionnaires, tous masqués ou cagoulés. Parmi eux, l’un d’eux lui aurait demandé une preuve de ses activités journalistiques, une demande insensée pendant les sept jours d’interrogatoires intensifs qu’elle a vécus. Ce n’est que le 20 octobre 2024, après une semaine de supplices, que ses geôliers ont décidé de la libérer, mais non sans lui proférer des menaces de mort si elle osait faire le moindre commentaire à leur sujet.
Libérée, elle se retrouve à Débélen, à 30 km de Kindia et à 500 mètres de la route nationale. La peur au ventre et sous menace constante, Fatoumata savait qu’il lui était impossible de dénoncer cette situation tragique. Face à ce climat d’insécurité, elle a pris la décision désespérée de fuir le pays.
Aux dernières nouvelles, le syndicat des professionnels des médias a été informé de la dure réalité à laquelle notre consœur fait face et de la gravité de sa situation. La presse guinéenne est indéniablement en danger.
À suivre…
Par Sankhoun MARA